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La médecine du futur sera-t-elle écologique ?

Si la médecine a pour mission principale de préserver la santé des êtres humains, le secteur médical semblerait avoir longtemps mis de côté l’impact environnemental de certaines pratiques, particulièrement polluantes. À l’heure où le dernier rapport du GIEC alerte sur l’urgence de modifier notre façon de vivre et consommer, ne devrait-on pas envisager une approche de la médecine plus respectueuse de l’environnement ?

Quand soigner détruit la planète

En février 2021, l’association ZeroWaste estimait que les masques représentaient 400 tonnes de déchets par jour en France et 3,4 milliards de masques jetés chaque jour dans le monde. Devenus partie-intégrante de notre quotidien à cause de la pandémie de Covid-19, les masques constituent pourtant une pollution à double niveau puisqu’ils sont fabriqués à partir de polypropène, un plastique issu de ressources pétrolières polluantes, et que, jetés dans la nature, ils mettent jusqu’à 450 ans à se décomposer.

Quelques associations et articles de presse ont d’ores et déjà alertés sur les conséquences de la pandémie du Covid-19 sur l’environnement, notamment sur la pollution aux nanoparticules des éléments plastiques dans les sols, les océans et les cours d’eau et donc, à long terme, dans tous les organismes vivants. Revenue au cœur des débats à cause du Covid-19, la question des répercussions néfastes des industries médicales sur l’environnement a pourtant été déjà évoquée de nombreuses fois par les associations de défense de la nature.

L’industrie pharmaceutique, opaque et polluante

Discrets, les géants de l’industrie pharmaceutique comptent parmi les industries les plus polluantes. Selon une étude parue en 2019, la production de médicaments serait plus polluante que l’industrie automobile. « Alors qu’elle pèse 28 % de moins dans l’économie, la pharmacie est 13 % plus polluante que l’automobile »annonçait Lofti Belkhir, un professeur canadien qui s’est penché sur les émissions en CO2 de l’industrie.Le secteur du médicament produirait ainsi 52 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent d’un pays comme la Suisse ou le Danemark.

Malgré une opacité encore persistante des causes de pollution dans le secteur pharmaceutique, les laboratoires se sont engagés, notamment suite aux Accords de Paris, à publier leurs émissions de carbone directes (liées au transports des matières premières et médicaments) et indirectes (liées à l’utilisation d’énergie), pour plus de transparence. Certains géants du secteur se sont même saisis des problématiques environnementales en réduisant drastiquement leurs émissions : 7 des 15 plus gros producteurs de médicaments ont déjà atteint l’objectif prévu pour 2025. C’est le cas de Roche, qui a diminué ses émissions de 18,7% entre 2012 et 2015 tout en augmentant son chiffre d’affaires de près de 30% : preuve que la conscience environnementale est loin de nuire aux résultats financiers.

Le traitement compliqué des déchets médicaux

Dès 1994, l’Environmental Protection Agency lançait l’alarme, en signalant que les incinérateurs de déchets médicaux représentaient aux États-Unis la principale source de pollution par la dioxine, une particule nocive neurologiquement.Près de 30 ans après,en février 2022, une nouvelle étude menée sur 258 rivières dans le monde entier, révèle l’étendue de la pollution médicamenteuse à l’ensemble à 100% des rivières analysées. Pire encore, pour un quart d’entre elles, le niveau de pollution échantillonné constitue un taux potentiellement dangereux, notamment pour la biodiversité aquatique. Ce taux s’explique par la consommation de plus en plus massive de médicaments à travers le monde, consommation que l’on retrouve ensuite dans les rivières, lacs et nappes phréatiques puisque les stations d’épuration ne sont pas équipées pour filtrer et éliminer les résidus médicamenteux présents dans les eaux usées.

Au-delà de la question des résidus de médicaments dans les eaux, se pose la question du traitement des déchets produits par les établissements de santé. Selon une étude du Comité pour le Développement Durable en Santé, les hôpitaux français produisent environ 700000 tonnes de déchets par an, soit plus d’une tonne par lit. 85% de ces déchets issus du secteur de la santé sont en fait comparables aux ordures ménagères et ne présentent aucun risque, à condition d’être correctement triés et recyclés.Afin d’encourager le recyclage des déchets issus des établissements de santé, plusieurs primes incitatives ont été créées pour les services hospitaliers qui mettraient en place une filière de revalorisation des déchets. Par exemple, au sein de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, plusieurs services ont ainsi collecté systématiquement les bouchons en plastique (bouteilles, couvercles de médicaments, produits désinfectants…), pour que ceux-ci soient ensuite à la fabrication de fauteuils roulants écologiques. Cette croissance des initiatives locales de réduction et revalorisation des déchets s’inscrit dans une politique nationale environnementale, articulée autour de 3 objectifs fondateurs : décliner une gestion économe des ressources, tendre à un management socialement responsable, rechercher un fonctionnement respectueux de l’environnement.

Médicaments : entre péremption et gâchis

Les Français sont les troisièmes consommateurs de médicaments au monde, derrière les États-Unis et le Japon, avec 3,1 boites et 170 000 tonnes de médicaments vendus chaque année. Pourtant, on estime à 23 500 tonnes les médicaments inutilisés, soit 14% et environ 7 milliards d’euros de pertes ! Si les Français ont souvent tendance à oublier leurs cachets inutilisés ou périmés au fond de leur boite à pharmacie, ils ignorent la plupart du temps que ces médicaments peuvent être recyclés.

En effet, face au gâchis pharmaceutique, l’association Cyclamede, seule habilitée en France, effectue depuis plusieurs années un travail de sensibilisation au recyclage des médicaments : dès 2016, 11 884 tonnes de médicaments sont collectées, un chiffre qui ne cesse d’augmenter pour arriver jusqu’à 13 000 tonnes en 2021. En partenariat avec Véolia et Suez, l’énergie thermique produite de l’incinération de ces cachets recyclés permet d’éclairer et de chauffer des logements ! Une avancée vers l’économie circulaire à saluer pour l’industrie de la santé.

Repenser une médecine respectueuse de l’environnement

Au cœur d’une industrie peu respectueuse de l’environnement, certaines voix s’élèvent pourtant pour imaginer une nouvelle vision de la santé, plus éthique, plus saine et plus responsable.

Des jeunes médecins engagés

Depuis la Loi Grenelle de 2009, les établissements de santé sont tenus de déclarer chaque année un bilan énergétique, mais ils ne sont que 32% à l’avoir fait jusqu’à présent… Convaincus qu’il est possible d’aller beaucoup plus loin en faveur de l’écologie, des jeunes médecins ont publié, en marge du Ségur de la Santé qui a eu lieu en 2020, une tribune incitant l’assistance publique à prendre 10 mesures simples qui permettraient pourtant de réduire drastiquement la pollution du secteur de la santé publique :

  • Réduire les déchets plastiques avec un objectif de – 50 % en 2 ans, qui serait atteignable ne serait-ce qu’en supprimant les bouteilles en plastique au sein des hôpitaux
  • Créer des composts intra-hospitaliers afin de réduire le transport de déchets organiques
  • Réduire la quantité de déchets consommables
  • Réduire la quantité de déchets à risques infectieux par l’achat de matériel qui en génèrera le moins possible
  • Revaloriser les 4 matières composant les déchets infectieux (plastique, métaux, verre, non tissé) en créant des filières locales de revalorisation des matières résiduelles et générer ainsi de l’économie circulaire
  • Nouer des partenariats avec des entreprises locales existantes ou encourager la création d’entreprises au niveau local pour la revalorisation des déchets résiduels des hôpitaux
  • Favoriser les initiatives locales de développement durable des personnels soignants en simplifiant les procédures de mise en place
  • Favoriser les moyens de transports alternatifs, les transports en commun et le covoiturage, repenser les moyens de transport au sein des hôpitaux

Un corps sain dans un monde sain

En parallèle de propositions pour rendre la médecine traditionnelle plus respectueuse de l’environnement, certains professionnels du secteur de la santé cherchent à s’engager encore plus loin et proposent la création d’une médecine écologique, au sein de laquelle l’amélioration de la santé humaine est inextricablement liée au bien-être écologique. Encore très peu répandue, cette nouvelle façon de penser la médecine évoque le retour dans le secteur de la santé des médecines alternatives, à base de médicaments naturels, de plantes ou de pratiques spécifiques.

La médecine écologique s’appuie sur des principes simples : elle cherche avant tout à créer les conditions indispensables à une bonne santé mais considère également que La Terre est, elle aussi, la patiente du médecin, dans la mesure où le patient qui bénéficie des soins du médecin appartient à la planète. La médecine écologique soutient aussi qu’aucune pratique médicale ne doit en elle-même causer de dommages à d’autres espèces ou à l’écosystème.

Si la médecine écologique est encore loin de proposer des solutions à toutes les maladies que peut subir l’espèce humaine, il s’agit pourtant d’une invitation bienvenue à repenser des modèles encore trop polluants, qui, sur le long terme, sont à l’origine d’encore plus de maux pour les hommes. Face aux enjeux climatiques croissants les futurs professionnels de la santé auront pour responsabilité de promouvoir une pratique plus engagée, plus neutre et plus saine de la médecine. Chaque année, l’IMIS forme en alternance des experts du marketing de la santé ou des affaires règlementaires qui deviennent ensuite des professionnels engagés, à même de se saisir des enjeux que le secteur médical devra relever dans les années à venir.

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