Santé mentale : comment soigner l'invisible ?

Impossibles à ausculter, compliqués à diagnostiquer, les troubles mentaux ont longtemps été stigmatisés et associés à la folie mais ils constituent aujourd’hui l’une des priorités de l’Agence de Santé Publique en France. Décryptage de l’IMIS sur cet enjeu majeur du secteur de la santé.

sante mentale

Tokyo. Jeux Olympiques 2021. Simone Biles, championne mondialement connue de gymnastique déclare forfait, à la surprise générale. En cause : sa santé mentale, trop fragile, qui ne lui permet pas de participer à la compétition. Cette décision rarissime chez les sportifs de haut niveau permet alors de mettre en lumière les troubles psychiques, encore trop souvent tabous.

Si elles ont longtemps souffert et souffrent encore d’une image négative, on estime à 12 millions le nombre de personnes présentant, en France, un trouble de la santé mentale. Ce chiffre particulièrement élevé s’explique par la définition que l’on donne de la santé mentale et des troubles psychiques.

 

QU’EST-CE QUE LA SANTÉ MENTALE ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la santé mentale n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité, mais se définit par un « état de bien-être permettant à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».

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UNE SANTÉ MENTALE À TROIS DIMENSIONS

Cette définition permet de mettre en lumière le fait qu’il n’existe pas de santé sans prendre en compte la santé mentale. Par ailleurs, afin de mieux catégoriser les différents aspects de cette santé qui peut être si compliquée à diagnostiquer, l’OMS a défini trois dimensions de santé mentale.

  • La santé mentale positive, qui inclue le bien-être, l’épanouissement personnel ainsi que les capacités à interagir correctement dans tous les aspects de la société, c’est-à-dire dans un contexte professionnel, sentimental, familial et amical.
  • La détresse psychologique réactionnelle qui apparait en réaction à un événement inattendu et traumatisant de la vie. Il peut s’agir d’un deuil, un échec relationnel, du harcèlement scolaire… Dans la plupart des cas, les troubles qui apparaissent correspondent à un épisode anxieux ou dépressif mais ne nécessitent pas une prise en charge spécifique de la part d’un service psychiatrique. Toutefois, si les troubles passagers ne sont pas diagnostiqués et traités, ils peuvent ensuite évoluer vers une maladie psychique durable qui met le patient en incapacité d’évoluer dans la société.
  • Les troubles psychiatriques, qui, s’ils peuvent être d’une durée variable et plus ou moins handicapants, reposent sur un diagnostic mais aussi des critères spécifiques et relèvent d’une véritable prise en charge thérapeutique. Ce sont ces troubles qui constituent l’une des principales sources « d’années en bonne santé perdues » en France et les patients atteints de troubles psychiatriques verraient, d’après un rapport de la Cour des Comptes, leur espérance de vie réduite de 10 à 20 ans par rapport à la population générale ; notamment à cause d’un déficit d’accès aux soins, d’un risque élevé de comorbidités somatiques et d’un taux élevé de suicides.

 

 DES TROUBLES MÉCONNUS ET STIGMATISÉS

Si les spécialistes évoquent souvent le chiffre de 12 millions de Français présentant un trouble léger ou durable de santé mentale, il s’agit bien d’une estimation puisque ces troubles sont particulièrement compliqués à quantifier. En effet, outre le problème du diagnostic, très compliqué à effectuer lorsque les patients ne présentent aucun symptôme physique mais plutôt un ressenti personnel, les troubles psychiques souffrent encore d’une image négative et d’une grande méconnaissance au sein de la population française, ce qui empêchent certains patients d’aller consulter.

D’après une étude IPSOS réalisée en septembre 2021, un tiers des Français ne sait pas vers quel professionnel de santé se tourner en cas de troubles mentaux et 44% d’entre eux pensent qu’on ne peut jamais vraiment en guérir… Plus grave encore, 34% pensent que les personnes prises en charge pour des troubles mentaux constituent une menace directe pour les autres alors que c’est souvent envers eux-mêmes que les patients atteints présentent l’envie de faire du mal.

Enfin, le spectre très large des troubles psychiques, qui va de la schizophrénie à la dépendance aux jeux ou à l’alcool ou encore les troubles de l’anxiété généralisés (qui touchent environ 26% des Français) rendent les diagnostics particulièrement compliqués car certains patients cumulent plusieurs troubles et ne coopèrent pas toujours avec les équipes thérapeutiques.

L’un des enjeux principaux pour les professionnels de la santé est donc dans un premier temps d’informer sur les troubles de la santé mentale et de trouver des moyens, notamment via des campagnes de sensibilisation mais aussi l’innovation technologique, d’inciter les Français à prendre soin de leur santé mentale.

 

LA HEALTHTECH AU SECOURS DE LA SANTÉ MENTALE

En novembre 2021, les membres fondateurs du projet Impact, destiné à favoriser l’innovation dans la prise en charge de la santé mentale en France affirmaient être « convaincus que les innovations portées par la data et l’intelligence artificielle peuvent représenter d’énormes atouts pour contribuer à une meilleure prise en charge des patients.» En effet, le projet Impact est loin d’être une initiative isolée, et nombreuses sont les start-up qui ont mis leur créativité au service de la santé mentale.

Souvent évoquée comme solution au problème de désertification médicale, la téléconsultation est également très utile pour les personnes atteintes de troubles de santé mentale. Ainsi, elle permet d’accéder souvent plus rapidement à un professionnel de santé (les délais de prise en charge de nouveaux patients sont en moyenne 30% plus longs dans la psychiatrie que dans la médecine générale) mais elle réduit aussi la stigmatisation que pourraient ressentir certains patients devant se déplacer à un cabinet médical. La psychiatrie est en effet la spécialité la plus consultée en visio, avec 370 000 téléconsultations en 2020 et des patients de plus en plus nombreux.

En mars 2022, 7 start-up spécialisées dans l’e-santé ont annoncé leur regroupement au sein d’un collectif MentalTech, dédié exclusivement à la santé mentale :

  • HypnoVR qui propose des thérapies via réalité virtuelle
  • Kwit, une application pour arrêter de fumer
  • MindDay, une application de coaching en santé mentale
  • Petit Bambou, une application de méditation
  • Qare une plateforme de téléconsultation
  • ResilEyes, qui propose un accompagnement des personnes victimes de stress post-traumatique
  • Tricky, acteur de la prévention via des jeux.

Ces acteurs de la santé mentale ont notamment décidé d’agir ensemble face à la baisse de fonds de recherche publics alloués aux troubles psychiatriques en France (deux fois moins qu’en Espagne et cinq fois moins qu’aux États-Unis). En proposant chacun leur expertise sur un aspect spécifique de la santé mentale, ces start-up espèrent réduire le recours généralisé aux psychotropes, renforcer la prévention auprès de tous les publics touchés par les troubles et plus généralement « ‘améliorer la vie des patients et faciliter le travail des soignants » mais aussi de « réaliser des économies considérables ».

 

LE PRIX DU MAL-ÊTRE

Si l’amélioration de la qualité de vie de millions de patients souffrant de troubles psychiatriques est naturellement l’objectif principal des acteurs de santé publics et privés, la meilleure prise en charge, détection et prévention de ces troubles permettraient également de réaliser d’immenses économies. En effet, les traitements chroniques par psychotropes, notamment les anxiolytiques et hypnotiques représentent 14% des dépenses totales de santé publique, soit le premier poste de dépenses de l’Assurance Maladie : réduire le recours systématique aux antidépresseurs pourrait ainsi permettre à la France de réduire ses dépenses de santé.

Selon Sapiens, un think-tank mandaté par MentalTech, les pathologies mentales engendreraient chaqueannée une perte de produit intérieur brut (PIB) de 92 milliards d’euros et de 25 milliards d’euros pour les entreprises, notamment à cause de la multiplication des arrêts maladies pour cause de burn-out et de dépression, qui est l’une des premières causes d’incapacité de travail en France selon l’Agence de Santé Publique.

 

Avec la crise sanitaire, les troubles anxieux se sont généralisés au sein de la population française et on ignore encore quels seront les impacts de la pandémie sur la santé mentale à long terme, notamment pour les jeunes et les enfants ayant été privés de contact social pendant de longs mois.Prévention, diagnostic et amélioration du parcours de soin, nombreux sont les enjeux auxquels sont confrontés les professionnels du secteur de la santé face à la prise en charge des patients atteints de troubles psychiques.

Chaque année, l’IMIS forme en alternance des experts du marketing de la santé ou des affaires règlementaires qui deviennent ensuite des professionnels engagés, à même de se saisir des enjeux que le secteur médical devra relever dans les années à venir.

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